04 mars 2008
En campagne...
La rentrée, comme toutes les rentrées, s'est passée sur les chapeaux de roues. Ce d'autant plus que j'eus la joyeuse idée de m'inscrire au CAPES - concours pas du tout préparé, quel sérieux - que c'est lundi et mardi et que je suis investi sur la campagne électorale, qui verra son aboutissement, en ce qui concerne le premier tour, dimanche. Autrement dit, un peu chargé en ce moment, c'est peu de le dire.
Je prends le temps tout de même de m'avaler quelques épisodes d'"A la maison blanche"- je sais, c'est démodé, mais on m'avait dit que c'était bien, donc. Et d'attaquer Les Bienveillantes, judicieusement paru en Poche. Vu que j'en suis à la page 40 sur 1300 et des broutilles, je vous ferais un topo après.
A la campagne, tout se sait, tout le monde se connaît, et tout le monde se voit. Mon engagement politique, ainsi que mon engagement au sein des Scouts et Guides de France, ainsi que mon prénom, la marque et la couleur de ma voiture, le quartier ou j'habite et mon boulanger, tout cela est je pense connu parfaitement de mes élèves. D'autant que nous avons distribué un tract dans toute la ville ou figure ma pomme, a côté de tous les colistiers, et que je croise à la cantine des jeunes que j'ai encadré soit en centre aéré, soit comme animateur scout.
La rentrée redémarre sur les chapeaux de roues aussi pour mes élèves notamment les quatrième. A cet âge et a cette période de l'année, un ado mâle normalement constitué est obsédé quasi essentiellement par ce qui se ballade entre ses jambes, et les performances olympiques qu'il imagine pouvoir bientôt être en mesure de faire en exploitant cet engin qui le tracasse tant pour l'instant.
Ca peut donc avoir des incidences sur un cours d'Histoire. Si si. Toute allusion a quelque chose qui se rapporte même de très très loin au sexe peut provoquer un esclaffement incontrôlé, précédé de rougissements, alors que l'ado femelle, elle pouffe "mais y sont bête-han les garçons han". Et oui, ils sont trop bêtes, et ca n'est pas terminé.
Ca commence même parfois plus tôt, dès la fin de sixième. Non vos petits anges a la voix fluette et au doux sourire ne sont pas d'innocentes créatures : allez essayer de leur parler de la Gaule romaine sans que l'un d'entre eux regarde son voisin du coin de l'oeil, voire ne pouffe dans son inexistante barbe ; on passera sur le temple d'Athena Niké... Allez essayer d'expliquer qu'une presqu'île est une bande de terre qui pénètre dans la mer ; même une éruption volcanique dans leur esprit peut rapidement se transformer en érection .
Alors je ne vous dit pas en quatrième, quand on parle des sans-culottes ; l'ado mâle, inquiet, et par solidarité masculine, imaginant porter un tel vêtement alors que "ca se ballade", demande : "mais... monsieur, ca devait faire mal ??" ; et vous le rassurez terriblement en expliquant que les sans-culottes, oui oui, avaient bien des culottes.
Bouillonant, l'ado se pose tout un tas de question, comme celle-ci, au cours d'un chapitre ou, vous l'imaginez bien, on parle de tout sauf de ca : "mais, monsieur, c'est vrai que les jeans slim ca rend stérile ?" " je ne suis pas franchement expert en la question, mais il ne me semble pas que là soit le problème..." "non parce que, ca chauffe les... enfin ,vous voyez quoi ?"
Pire, l'ado attrape toutes les perches que vous lui tendez (ne prononcez surtout pas cette phrase ! l'ado un peu subtil y verra une allusion !). Aussi, lorsque vous demandez a M pourquoi il n'écrit pas et que celui-ci rétorque que c'est parce qu'il a "mal au poignet", vous trouverez toujours un ado pour répondre : "hey M, c'est parce que tu t'es trop..." et de faire avec sa main droite un geste allant rapidement d'avant en arrière à l'emplacement de son entrejambe, provoquant le fou rire de ses voisins.
Oui, les garçons c'est vraiment bête.
11 février 2008
Près d'un mois sans nouvelles
Allez, Flo in the sea me faisait gentiment remarqué que bon, quasiment un mois sans nouvelles, c'est abusé, hein.
Pourquoi ?
Déjà si j'avais le temps - en temps normal - de faire tout ce que je devais faire en 24 heures, sachant que je ne suis ni du matin ni du soir, ce serait grandiose. Alors le blog, mazette, il est un peu passé à l'as. Bon, mais là, c'est pas pareil, je suis en vacances. Et, psychologiquement, ca n'a jamais été autrement dans toute l'histoire de l'humanité depuis que ce sacré charlemagne a inventé l'école, le premier jour des vacances, on ne fait rien. Quand je dis rien, c'est rien. Juste un peu de ménage et beaucoup de glandage. On sort pour aller acheter le pain et le journal, et basta.
Sachez qu'outre mon job qui déjà hors période de vacances me bouffe pas mal de temps, outre la préparation du CAPES qui ne me bouffe, elle, pas assez de temps, j'ai la responsabilité d'une unité de 27 jeunes scouts tout d'orange vêtus ( 8 - 11 ans, ca fait du bruit la marmaille), qu'on retrouve tous les 15 jours un samedi après midi et tous le smois pour un week end complet campé, puis un joli camp pour cet été pendant une semaine voilà, ca demande de la préparation tout ca. Sachez que non content de cela je suis investi dans la campagne municipale sur une liste d'ouverture, que ca m'amène a faire les marchés et des réunions tard le soir.Voilà.
Alors bon, hein, si vous voulez des anecdotes de prof je peux toujours en balourder.
- trouvé dans une copie de seconde : " l'éjacuation des eaux usées par les égoûts"... lapsus révélateur ?
- vendredi avant les vacances, deux classes de quatrième. 14 ans, ils ont les hormones qui les travaillent, les pustules qui poussent et du poil sous le nez. Pis y peuvent pas rester sur une chaise tranquille en temps normal alors là, juste avant les vacances, t'imagine même pas. Comme il est hors de question qu'on fasse du coloriage ou un goûter BN pour passer le temps, je leur rend quand même leur contrôle lamentable (moyenne : 7/20). J'ai droit a un pétage de cable.
Monsieur éclate en sanglot et va mettre sa copie à la poubelle. Passant devant je la reprend de la poubelle et lui retend : "monsieur c'est pas possible, c'est pas possible, 4/20 c'est pas possible" ! Ben si min garchon, c'est possible, pis c'est balaud parce que ta copie il fallait la faire signer par tes parents, alors tu fais un demi-tour droite vers ta chaise pis tu te calmes, hein. Deux minutes après, le voilà foncant le regard aiguisé vers mon bureau : "monsieur, c'est mal présenté ca, hein , c'est mal présenté hein, dites !" " alors d'une personne ne t'as autorisé a te lever donc tu te rassois, de deux tu ne me parles pas comme ca, de trois oui, c'est mal présenté, c'est quand même pas bien compliqué de faire une marge avec cinq lignes pis de marquer "Histoire" en haut du contrôle" "Vas-y..." "Bon allez, file-moi ton carnet, range tes affaires et mademoiselle déléguée, bin tu l'accompagnes au bureau des surveillants. Ciao et bonnes vacances." " Euh la la m'sieur c'est pas juste" "tiens, toi qui t'excite sur ta chaise comme une puce, tu vas prendre l'air cinq minutes dans le couloir, ca te f'ra pas de mal"
Bon pour les autres, je leur ai laissé une heure (enfin... le temps restant, soit 35 minutes) pour corriger le contrôle, avec la carotte - deux points en plus si t'as fait l'effort de corriger bien ton truc.
Y en a quand même qu'on trouvé le moyen de buller. J'vais pas écrire a leur place non plus.
La deuxième heure, résultats un chouïa moins pourris, mais classe beaucoup moins relous, ou les six garçons sont vraiment à l'ombre des jeunes filles en fleurs... enfin, en boutons plutôt, parce que bon, hein.
Du coup, c'était plutôt mielleux genre "merci monsieur vous êtes tellement gentils de nous laisser une seconde chance". T'as raison, mais 5+2 ca fait toujours que 7.
16 janvier 2008
Dure journée que celle d'hier, mazette, commencée à 8 heures avec des seconde en pleine forme (mais m'sieur han, si j'parle a ma voisine c'est qu'elle m'pose une question han..."), poursuivie avec d'autres seconde beaucoup plus sympathique mais toutes en mode veille, réjouies à l'idée de me voir trois heures dans la même journée, soit une heure le matin et deux l'après midi : merci les changements d'emploi du temps ! Trois heures à maintenir l'attention de jeunes qui n'en ont quasi rien a faire de ta matière, puisque de toutes façons ils arrêtent l'an prochain, c'est quasi mission impossible : va falloir miser sur l'interactivité, les supports vidéos... Les deux heures, on a pas que parlé de l'eau on a carrément pataugé.
Sur ce, a peine le temps de me rendre au collège pour le dernier cours de la journée. On m'avise d'un changement de salle. Je traverse la cour avec ma classe, pour trouver une salle prise, et finalement atterir dans la salle annexe : un préfa surchauffé, où il faut donc ouvrir (enfin, tenter d'ouvrir), les fenêtres, ce qui n'est pas sans problème quand il y a des bourrasques de vent qui s'engouffrent et ont la joyeuse idée de tout faire valser. Avant même de rentrer voilà K. en pleurs dans la cour. Pas le temps de lui demander ce qui se passe qu'il m'envoie bouler genre "lâchez-moi !". Dans ce cas le meilleur système est de ne pas réagir de suite, mais de laisser pisser, sauf que... je rends les cahiers que j'avais noté et et que le K. en question m'ayant rendu un torchon mélant allègrement histoire, géographie et éducation civique, je lui avais octroyé un zéro. Je te dis pas la crise. Je retrouve le K. entrain de déchirer consciencieusement les pages de son cahier : "m'en fous de toutes façon j'en ai marre" etc... etc... . "Ok K. je te prend au mot, vas-y déchire tout, et jeudi tu reviens avec un cahier nickel. Si t'as pas d'affaires jeudi, pas la peine de venir je t'accepterai pas" "Bah oui mais m'sieur... " "rien du tout !"
Va reprendre le cours après ca. Pas possible d'avoir plus de trente seconde de calme. Au bout du troisième avertissement, j'initie un truc jamais fait : ramassage des 26 carnets, et un mot dans chacun. Allez hop.
Pas de négociations possibles : "Mais m'sieur, c'est pas juste ! Mais m'sieur j'ai rien fait ! " "J'avais prévenu"... Du coup, me voilà en retard à la réunion parents-profs. Entre les parents dédaigneux "mais non, mon fils travaille !", ceux qui viennent te voir alors que le gamin est un ange et a 17 de moyenne et ceux qui se pointent 30 minutes en retard parce que les autres collègues ont du retard aussi, me voil) sorti a 19 heures passé.
11 janvier 2008
Quatre mois, une semaine, et un jour
Tout est reparti sur les chapeaux de roue.
Déjà, j'ai commencé l'année en oubliant mon manuel pour la première heure de cours. Bien. On s'en passera.
Ensuite, j'ai oublié de noter les devois que je donne :
"Mais, monsieur, l'exercie p.246 on le corrige pas ?
- Ah... euh...oui, on va le faire maintenant"
Puis on m'informe que jeudi - aujourd'hui donc, je passe la matinée au cinéma avec les quatrième pour aller voir l'Esquive
- que la prof principale l'a complètement oublié et qu'elle ne les a
pas préparé. J'te raconte pas, les gamins qu'on a, c'est, ( comment
dire ?) pas franchement leur milieu qui est évoqué, et le langage des
cités, no comprendo. Ceci m'oblige a bouger deux rendez-vous avec des
parents calés ce même jour.
Enfin, j'apprends que sur les deux conseils de disciplines prévus ce mardi, l'un est annulé, puis, finalement, reporté.
Un conseil de discipline, c'est pas franchement un truc rigolo. Notre
principal - qui en impose- au bout d'une table, avec la directrice du
collège, les CPE, l'ensemble des profs, les parents délégués, et, à
l'autre bout decette table où tout le monde prend un air grave et
sérieux (parce que c'est grave et c'est sérieux), un garçon de 12 ou 13
ans entouré de ses parents. Ambiance folklorique. Bilan : une exclusion
temporaire, des excuses a formuler, un sursis au collège. Le gamin ne
s'est pas démonté, a tout avouer en nous regardant droit dans les yeux.
Lui qui nous avait habitué aux "c'est pas moi m'sieur", enfin se
serait-il réveillé ?
Vacataire, j'ai également vite compris que c'est un peu le statut du
prof paillasson : celui qui se prend un emploi du temps pourri, bien
sûr, et a qui on peut bien entendu reprendre des heures - et donc
diminuer son salaire. C 'est ce qui risque de m'arriver au moi de mai.
Une collègue ayant un tiers temps pour congé parental jusqu'a cette
période, le rectorat l'oblige a revenir à un temps plein le 25 mai,
c'est à dire qu'elle va prendre 4 heures sur mon emploi du temps. A un
mois de la fin des cours, certains de mes élèves vont se retrouver avec
une nouvelle prof. Si je pouvais faire le ménage et servir le café en
prime, le rectorat serait content.
Revenons à nos moutons. Ce matin donc l'Esquive, film
d'Abdelatif Kechich. Je ne savais pas qu'il s'agissait d'un film
comique. D'après les rires de certains élèves dans la salle oui. Faut
dire, bien spur c'est pas leur milieu, mais en plus je doute qu'en
quatrième ils aient compris le jeu de mise en abîme: des ados d'une
cité joue Le Jeu de l'Amour et du Hasard de Marivaux, et vivent sans
s'en rendre compte une situation analogue. Film riche, extrêmement bien
joué et filmé caméra à l'épaule.
Niveau travail, j'essaie de ne plus fonctionner en flux tendu, et aie
passé une bonne partie de l'après-midi a fond les ballons dans mon
futur chapitre de 4e sur la Révolution Française. En seconde je nage
dans le chapitre sur l'Eau, et en cinquième je me dépatouille avec le
Maghreb.
Puis je suis retourné ce soir au cinéma, dans le cadre d'un festival local, voir Quatre mois, trois semaines et deux jours,
de Cristian Mungiu. Ce film m'a tellement bouffé les tripes que j'ai du
mal a en parler. Probablement un des meilleurs filsm que j'aie jamais
vu, en toute objectivité. Peut - être dans un autre post.
Quatre mois, une semaine, et un jour, c'est le temps écoulé depuis la rentrée. Une éternité.
04 janvier 2008
Come back.
Fini la glandouille.
Après rangement intégral de l'espace vital (genre j'ai vidé trois grosses poubelles marrons de papiers en tous genres), me voilà devant mon PC, non pour lire Soph', Charly , ou la Morue poster sur le forum du CAPES , écouter les dernières trouvailles de la Chanson du Dimanche ou des Têtes à Claque, mais pour me remettre dans le bain - pas avoir la tête de celui qui débarque sans savoir où on en est - et puis plancher sur les prochaines séances.
Non, vraiment j'aime pas les rentrées.
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Pour savoir a quoi ressemble votre humble serviteur, prenez une photo de Ruppert Everett. Le mec qui joue dans "Le mariage de mon meilleur ami". Mais siiiii. Le type qui fait la pub pour Yves Saint Laurent Une délicieuse américaine me l'a dit dans un français impeccable, lors d'une soirée enfumée dans un bar parisien - une de ces soirées que l'on ne connaîtra plus. Rah.
A ce propos, un bar à chicha réclame 60 000 euros de dommages et intérêts à l'Etat. Bien joué. En tant que non fumeur, je respecte la liberté des fumeurs. A moins d'être un imbécile patenté ou de le faire vraiment exprès, quand on rentre dans un bar à chicha, on sait qu'il va y avoir de la fumée. Si on aime pas, on y rentre pas. Cette volonté de tout réglementé et de tout moraliser me fait peur. Brrr.
27 décembre 2007
Holidays are holidays.
Bien.
Gavé de chocolats bons marchés made in Hyper U, de saumon sous vide et de pâté en promo ( moins 25% si vous achetez une troisième boîte), me voilà de retour chez moi.
Seul.
Sans mioches pour me traîner dans les pattes et me crier dessus "Tontooon, tu fais une partie de Wii avec moi? Tontooon, tu me tartines une tranche de (truc dégueulasse dont les gosses raffolent) ?" ou encore "Un calin ! Un calin ! Un calin! " et ce, dès 8h du mat'. J'aime bien les gosses, mais je n'ai jamais été foutrement pressé d'en avoir. Maintenant, j'ai compris pourquoi. Les neveux, les nièces, c'est les pire. C'est pas toi qui les fais, mais c'est toi qui les supporte. En trois jours, j'ai compris pourquoi une femme et trois gosses dans une grosse maison avec un Scénic et tutti quanti, très peu pour moi. Franchement.
De toutes façon c'est écrit. Mon calendrier celtique dit que le natif du frêne "cultive un égoïsme qui sert les plus nobles causes" (pas celui mit en lien, mais un autre, va savoir pourquoi, c'est le même calendrier, mais y dit pas la même chose).
Me voilà donc chez moi, peinard, a profiter d'une journée de vacances seules, faire des trucs improbables que jamais tu peux faire pendant l'année (chronométrer combien de temps tu peux résister devant un épisode de Derrick, regarder la fin de L' Etudiante , regarder le JT de TF1 sans vomir les chocolats, péter à tout va, je ne sais pas moi...) lorsque vinrent a mon esprit des considérations bassement matérielles : le frigo est vide, il faut le remplir. Et comme je vois tout en grand et que j'ai une Clio, me voilà donc à l'Hyper U du coin a remplir mon caddie - chose que j'exècre au plus haut point - et de faire un tour a la boulangerie où... horreur et damnation ! Je croise un de mes élève.
Je suis en vacance, bon Dieu, faut-il donc que je m'exile à Java pour ne jamais penser à ce job ? Déjà que je réserve à la semaine prochaine préparation de cours et correction de copie, mon Dieu, non !
Mais le plus rigolo est que j'avais dans mes sacs plastiques une bouteille de Jack Daniel's et un Muscadet qui s'entrechoquaient allégrement. V'là comment on se colle une réputation d'alcoolo.
J'espère que vous avez tous passez de bonnes fêtes de Noël et que vous vous préparez à passer un jour de l'an qui déchire !
20 décembre 2007
Le rythme de fin d'année ne me laisse que peu de temps pour publier sur ce blog que je voulais pourtant régulièrement mis à jour, au fil de mes pérégrinations et nouvelles découvertes.
Cette semaine, c'était conseils de classes. Oui, toi, jeune pousse du professorat, tu as droit, comme les autres de donner un avis péremptoire et impartial en trente seconde top chrono sur un élève que tu vois trois heures par semaine.
Au conseil de classe, il y a deux - voire trois - catégories de profs.
- Les pointillistes stakhanovistes : ils arrivent avec une fiche
préparée sur chaque élève, et un petit laïus bien tapé sur l'ensemble
de la classe. Ils ont toujours un mot à dire sur tous les élèves, et
pinaillent sur toutes les appréciations.
- Les syndicalistes, qui te remettent en cause tout le système de l'éducation nationale.
- Il y a les suiveurs, ceux qui ne la ramènent pas spécialement quand ils n'ont rien à rajouter et qui pensent qu'on peut bien se marrer aussi pendant un conseil.
Tu penses avec raison que je fais partie de la troisième catégorie, et je t'en remercie.
Mais voilà, nous, nous avons un phénomène particulier, un must du genre, une espèce hybride et décomplexée : un coupeur-dormeur.
Le vieux prof dans toute sa splendeur et dans tout son cliché, spécialiste es massicot, qui a trouvé le moyen de s'entailler profondément avant le conseil de classe, arrivant ainsi avec vingt minutes de retard et un magnifique pansement au doigt.
Visiblement fatiguée des mésaventures qui lui arrivent pendant la journée, cette espéce a prit une habitude sympathique : somnoler, quand ses collègues parlent, au conseil de classe. Le coupeur-dormeur lui, évidemment, arrive là parce qu'il a vu de la lumière et, prend la joyeuse habitude de contredire quasi systématiquement ce que disent ses collègues, prenant un malin plaisir à contredire, voire à aller à l'encontre de qu'il met lui-même sur le bulletin. Du coup, avec ce spécimen, qu'on aurait préféré garder dans du formol plutôt que de mettre dans une salle de cours, le conseil de classe dure pas loin de deux heures, et réussi a mettre et le proviseur, et la professeur principale hors d'eux - un exploit.
D'autant que dans cette classe, les spécimens sont sympathiques ;
disons que le niveau est bon, mais qu'on en a deux ou trois qui
prennent un peu le cours pour le café du commerce, genre la discute
avec mon voisin c'est quand même vachement plus cool que de se pencher
sur les contraintes territoriales du Maghreb, puis bon, y en a quand
même un qui est passé en conseil de discipline pour avoir, dixit, "tiré
sur les fesses des filles" avec un beretta plastique, et qui y
repassera pour avoir d'une part lancé un compa en plein cours et,
d'autre part, lamentablement "keuté" en interro d'Histoire - Géo, que
je te l'ai gaûlé en deux temps trois mouvement et fichu deux heures de
colle et une bulle illico. Il risque rien moins que l'exclusion, et ca,
ben, c'est pas cool, parce que monsieur, si il débarque dans son
collège craignos de quartier, il va nous finir vrai p'tit délinquant en
moins de deux.
Le soir de ce conseil, un autre conseil de discipline pour une autre
de mes classe, un gamin qui s'est mis dans la tête ( a ce niveau là je
n'ose dire l'esprit) d'harceler un autre gamin puis à le tabasser, ca a
été jusqu'au dépôte de plainte et tutti quanti, et comme ca s'est passé
dans l'enceinte du bahut, hop, conseil de discipline. J'aurais du lui
apprendre a tabasser sans laisser de coups, c'est pas malin, à c't'âge
là.
Bon, puis, moi aussi, j'en ai ras la casquette, des copies avec les même perles, les phrases incompréhensibles ("l'edit de nante a était révoquait par l'édi de fontaine -blau. les prostestents on était chasser de franse. la seul religion posible est le chréstientisme. " -> et encore la c'est light, y a un sens, une recherche. Parfoiss c'est carrément du français langues étrangères qu'on fait), et les morbachs qui te marchandent là où là 0,25 points. Ils sont gentils globalement, mais faut vraiment faire un break, histoire de pas en prendre un pour taper sur l'autre.
10 décembre 2007
Journée pédagogique
Oui, toi, collègue professeur tu as la joie de connaître la "journée pédagogique", grand moment de la vie d'un prof qui se respecte.
Alors que tes élèves, ainsi que leurs parents, pensent, que, fainéant de fonctionnaire que tu es, tu vas te taper encore une journée sous la couette a mater la troisième saison de Prison Break, non, tu te lèves pour vivre ce grand moment.
Une journée pédagogique, c'est simple. Prends environ 250 profs de tous niveaux et de tous établissements (des écoles élémentaires bourgeoises, des lycées professionnels craignos, des collèges lambdas...), mets-les dans une salle surchauffée avec un type tout au bout, la bas, au fond, qui parle pendant au moins 45 heures assis derrière une table avec un micro, sur un thème tellement vague qu'à la fin de la journée on avait toujours pas compris de quoi il en retournait, en l'occurence l'hétérogénéité.
Une fois que le type là-bas, tout au bout, a fini son speech, tu te retrouves dans une petite salle avec une dizaine d'autres collègues, que pour la plupart tu ne connais pas, où tu es sencé formulé des question et des propositions sur le sujet - que tu n'as pas compris, et que personne semble n'avoir compris pareil. Les débats tournent donc vite autour de propos justes, mais tant rabâchés qu'ils en perdent leur sens : "ah ben oui, mais les programmes y sont pas du tout adpatés aux élèves..." " ah bah oui, mais maintenant, on doit accueillir tout les publics, c'est plus difficile qu'avant". Et tu apprends une chose, c'est qu'environ TOUS les profs pensent systématiquement que le niveau des élèves n'a jamais été aussi bas ; que si tu arrives, avec ton naturel optimiste, pour tenter de relativiser le propos, on te rétorque que "oui, mais cette année, c'est vrai... j'vois par rapport à l'an dernier..."
Suit immédiatement un repas gargantuesque financé par l'établissement, au cours duquel tu bois quelques verres d'un doux cabernet sauvignon, mais voilà, se retrouver après dans une salle surchauffée avec deux cent cinquante personnes, ca a tendance a t'endormir.
Alors, quand le formateur, au bout d'une demi heure de blablatage tout seul, avec sa cravate jaune et sa veste verte boutonnée, te dit que "maintenant, on peut passer à la synthèse des débats", tu te dis que franchement, organiser une après-midi scrapbooking aurait été autant bénéfique pour ta formation intellectuelle.
05 décembre 2007
Etudes balistiques.
J'avais bien perçu quelques gloussements venant du carré terrible, au fond à gauche de la salle 206. Ceux-ci se noyant dans la masse sonore informe des bavardages qui accompagnent inaliénablement la complexe opération de découpage-collage - comme si le fait de fermer et ouvrir les doigts afin d'actionner le ciseau devait nécessairement provoquer l'ouverture et la fermeture de la bouche en vue de produire un son - je n'y avait pas prêté plus d'attention que cela.
Je m'apprêtais alors à me retourner d'un geste leste et vif, exigeant péremptoirement les carnets du carré en question, mais voilà, ma craie buta sur quelque chose de blanc, difforme, et gluant, collé au tableau noir tel une huître à son rocher. Diantre, une boulette !
Il fallait donc mener l'enquête. L'endroit où s'était scratchée ladite boulette, la forme qu'elle avait adopté en rencontrant le tableau sur le chemin, tout confirmait mes supputations initiales : la boulette venait bien du fond gauche de la salle.
Calmement, je me retournai donc afin de sévir.
"J'attends".
J'avais de sérieux doutes sur la personnalité de celui qui aurait pu commettre un tel délit, mais voilà, la présomption d'innocence étant ce qu'elle est, il me fallait une preuve.
Or, voici que C., un garçon habituellement calme, se jette en arrière violemment et me lance avec l'air étonné et consterné de celui qui va subir une injustice terrible, tel Guy Seznec devant ses bourreaux :
"Eeeh, m'sieur, j'vous jure, c'est pas moi !"
Tournant machinalement mes craies dans la paume de ma main droite, je lance la réflexion qui tue, imparable et difficilement contestable :
"Tu te sens coupable C. ?
- Quoi ?
- Tu as quelque chose a te reprocher ?
- Ben non, mais c'est pas moi, eh j'vous jure m'sieur, hein, c'est pas moi."
Malaise.
"Bon. J'attends. Le coupable."
Moi qui pensait, benoîtement, que mes petits 5e allaient se serrer les coudes, faire face à l'affront de façon solidaire, non, 12 ans a peine et ils mettent en application l'une des vertu les mieux en vue de l'ère Sarkozy : la délation. Les meilleurs se cachent sous la table en espérant être oubliés, les autres y vont bon train sur les suppositions hasardeuses, dénonçant leurs camarades de table tels des collabos de la première heure : "chuis sûr que c'est lui... en tout cas c'est pas lui, j'en suis sûr..". Une place grillée au self, un regard de travers, et vous voilà dénoncer pour lancage de boulette. D'autres, plus syndicalistes dans l'âme, invoquaient la justice : "mais monsieur, c'est pas juste, faut punir les coupables !"
Jusqu'à ce que de ma suprême autorité, usant d'un claquement de main sonore qui en fit péter les tympans de plus d'un, je mette fin à ce salmigondis sonore sans queue ni tête, pour annoncer la décision :
"Bien. Si ce n'est personne, c'est donc tout le monde, vous sortez vos cahiers de texte ou vos agendas, ainsi que vos carnets de liaison, et vous notez donc la punition pour dem..."
Sentence ressentie comme injuste, immédiatement interrompue par d'élégants "heins ?? oh !!! ah !!!" et d'innombrables "mais m'sieur, j'ai rien fait !"
C'est alors que, faisant face à son destin, tel Napoléon affrontant la Bérézina, N., livide, tremblant du genou comme une vache folle, leva le doigt et affirma, d'une vois fluette, mais posée :
"Monsieur, c'est moi".
Le voilà, le courage en personne, celui du valeureux qui, sachant que son acte sera reprimé, l'assume jusqu'au bout pour ne pas que la collectivité en pâtisse.
Me voici donc en possession du fameux carnet, ce passeport nécessaire à la vie de tout collégien, en vue de remplir la case "mot", que je m'apprête à compléter, affirmant que de plus deux heures en supplément un mercredi après midi en vue de terminer le travail non fait ne me paraissent pas de trop.
Fier mais abattu, le coupable qui s'était autodénoncé récupère ledit carnet et ajoute, tel Galilée avant de se faire trancher "ca m'fait pas peur".
Enfin - enfin ! - l'affaire était résolue, le coupable puni, et tout rentrait dans l'ordre, une grave erreur judiciaire était évitée, C. n'était pas puni, la Terre pouvait continuer de tourner.
03 décembre 2007
Prof malade.
Le trcu, quand t'es prof, ben c'est que tu peux pas te sentir super mal en plein milieu du cours. Genre t'as la gerbe qui te viens et une envie fulgurante de repeindre le fond de la cuvette couleur kaki, mais tu peux pas, parce que tu présentes le magnifique transparent que t'as pondu la veille sur l'Afrique, avec les principales régions, les pays etc...
Les marmots, eux , ils voient bien que t'as deux fois plus de valises sous les yeux que d'hab, et ils en profitent pour te charrier gentiment parce que tu trouves pas la prise, qu'est là, juste là, pour brancher le rétro.
Tu t'apprêtes a attedre la fin de l'heure en déblatérant machinalement ton cours malgré l'impression que tu vas mourir a chaque fois que tu fais un mouvement, mais bon, voilà, un bon vieux relent te fais sentir que non, ca va pas être possible.
Tu prétextes donc une photocopie oubliée et désignes une volontaire pour dénoncer ses p'tits camarades en cas de grabuge, mais bon, vu que dans la précipitation, tu pars sans ton sac, les marmots, pas bêtes, hein, ils se doutent bien qu'il y a un truc qui tourne pas rond.
Tu te vides donc de tout ton corps, ca n'en finit tellement pas que t'as l'impression que même tout l'intestin va finir au fond de la cuvette, et puis les viscères, et tout ce que t'as à l'intérieur de ton corps qu'a même pas été nourri au bifidus acti, et tu t'avales deux immo-machin tru, histoire de t'assurer le coup pour le restant de l'heure.
Evidemment, les marmots, z'en ont profité pour faire la foire, pas bête qu'ils sont, un peu d'autorité, malgré ton air livide, et puis c'est reparti comme en 40, jusqu'à ce qu'un un peu plus malin demande
"mais, monsieur, elles sont où vos photocopies ?"
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Sinon, dans une copie de seconde - on travaillait sur le chapitre "Nourrir les Hommes" et je leur avait présenté une affiche faite par le CCFD- on apprend, pourquoi pas, que le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement, est un... parti d'extrême-gauche. Mais bien sûr.